A malin...

vendredi 18 novembre 2011



Hier soir, moment assez surréaliste au Petit Journal de Yann Barthès.
Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur doit répondre à 5 questions. L'une d'entre elles porte sur les petites annonces du Nouvel Obs, qui, de façon assez courante dans les journaux et magazines, contiennent des offres de services de prostituées, sous couvert de "détente naturiste, sensuel body tropical", et autres "massage naturiste à domicile"...

Par un malencontreux hasard, ces annonces se trouvent juste après le dossier "Prostitution et pouvoir" dans lequel le journal ne se prive pas de dénoncer les travers de DSK et autres sportifs amateurs de putes.

Premier flottement, Laurent Joffrin affirme ne pas être au courant du contenu des petites annonces.

Mis devant l'évidence (Yann Barthès lui en lit quelques unes), il s'entête, il ne croit pas que ce soient des prostituées, enfin, il n'en sait rien. "Vous faites bien de la remarquer (la rubrique)" conclut-il dans un sourire, "il faudrait que je vérifie les petites annonces à ce que je vois". Mouais.

Deuxième flottement, Barthès cite un article du même numéro : François Mitterrand se serait envoyé de jeunes prostituées indonésiennes lors d'un voyage officiel en Asie avec DSK. Waouh ! Ca c'est du lourd ! De la révélation trash comme on aime ! Qu'en dit Joffrin ? Et bien rien !

Il nie, son journal n'a pas écrit ça. C'est dans l'article rétorque Barthès. "Non, vous avez une drôle de manière de lire" insiste Joffrin. Problème, Barthès ne retrouve pas la citation. Le silence et le doute s'installent sur le plateau, tandis que Barthès relit fébrilement l'article qu'il a sous les yeux. Un assistant le sauve de l'embarras et lui apporte l'article en question. "Qu'est-ce qui se passe ?" s'inquiète Joffrin. Mis devant l'évidence, il rit, oui il avait bien lu l'article. Silence. "Mais pas ce passage" ajoute-t-il. "Vous n'aviez pas lu ce passage !" insiste Barthès, narquois. Enfin si, reconnait Joffrin, il l'avait lu mais l'avait oublié. Silence sur le plateau.

L'impression qu'a laissé Laurent Joffrin est déplorable. En 5 minutes, il a réussi le tour de force de passer pour quelqu'un de mauvaise foi, qui se contredit et nie l'évidence, et pour un patron déconnecté du contenu de son journal. Pas bon, ça.

Pour nous, téléspectateurs, c'était du pain bénit. Enfin un vrai moment de télé, pas formaté, avec des silences, des doutes derrière les sourires, un animateur pris en délit d'affirmation sans preuve, des rebondissements (la preuve apparaît !), un homme de presse démasqué dans sa démagogie (l'article racoleur sur le sexe et le pouvoir, la Une du journal avec DSK semblant poser dans un bordel) et son amateurisme. Un moment de vérité comme seul le direct pouvait en montrer, croyait-on.

Sauf que. Dans un article du Point, Emmanuel Berretta apporte une précision de taille. "Dans l'article, l'auteur, Sophie des Déserts, a introduit une distanciation que Barthès s'est bien gardé de rappeler. Car cette anecdote est prêtée à Fabrice Paszkowski, le jeune entrepreneur lensois mêlé au scandale du Carlton de Lille, et rien ne dit qu'elle soit vraie, surtout pas la journaliste ! Joffrin, pris de court, sous les feux des projecteurs, n'a vraisemblablement pas la présence d'esprit de resituer ce passage dans sa mémoire à ce moment défaillante" écrit-il.

Ce n'est donc pas le Nouvel Obs qui affirme la révélation par la voix d'une journaliste, c'est un témoin cité dans une affaire. La nuance est de taille. Certes, le Nouvel Obs n'hésite pas à être racoleur pour faire vendre, mais Yann Barthès tombe dans le même travers pour dénoncer ces pratiques. En décontextualisant la citation, il a bel et bien piégé Laurent Joffrin. Et nous avec !

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